La création de la CGT-Force Ouvrière
Née d'une scission avec la Confédération Générale du travail en 1947 dû à la mainmise du Parti Communiste Français sur celle-ci, la CGT-Force Ouvrière s'est d'abord constituée sous la présidence de Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT de 1909 à 1947. Basée sur la Charte d'Amiens, fondement du syndicalisme libre et indépendant, la CGT-FO fait depuis valoir son indépendance du patronat, de la politique et des religions afin de toujours se concentrer sur les droits des travailleurs et travailleuses et se placer à leurs côtés pour continuer d'établir le rapport de force syndical.
Ce que l'on a appelé la Charte d'Amiens (qui en réalité n'était qu'un ordre du jour) est votée, à la suite d'une discussion portant sur les rapports du syndicalisme et des partis, 3 textes contradictoires ayant été proposés aux délégués. Il fait suite à un débat qui a agité la confédération : le syndicalisme doit-il lier son action, et son destin, aux partis politiques, en l'occurrence à l'époque au Parti Ouvrier Français de Jules Guesde. La réponse du Congrès fut : NON.
Le 13 octobre 1906, le 9ème congrès de la CGT adopte une "charte" qui se révélera, au fil des ans, une véritable déclaration des droits du syndiqué et du citoyen. Elle proclame hautement que "l'action économique doit s'exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n'ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale". Par ces mots la jeune confédération s'affirme en adulte majeur et rejette toutes les tutelles.
La charte d'Amiens
"Le Congrès confédéral d'Amiens confirme l'article 2 constitutif de la CGT : la CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat.
Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d'exploitation et d'oppression, tant matérielles que morales, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière. Le Congrès précise par les points suivants, cette affirmation théorique. Dans l'œuvre revendicative quotidienne, le syndicat poursuit la coordination des efforts ouvriers, l'accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d'améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l'augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n'est qu'un côté de l'œuvre du syndicalisme: il prépare l'émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que par l'expropriation capitaliste; il préconise comme moyen d'action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd'hui groupement de résistance, sera, dans l'avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale. Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d'avenir, découle de la situation de salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions où leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d'appartenir au groupement essentiel qu'est le syndicat. Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l'entière liberté pour le syndiqué de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu'il professe au dehors. En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu'afin que le syndicalisme atteigne son maximum d'effet, l'action économique doit s'exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n'ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale".
Congrès des 8-14 Octobre 1906
(texte adopté par 830 voix contre 8 et 1 blanc)
Les signataires :
François Marie (typographe de la Seine), M. Cousteau (ouvrier jardinier), Ludovic Menard (ardoisier de Trélazé), Jules Chazeaud (chaudronnier de Lyon), C. Bruon (ouvrier du bâtiment), Louis Ferrier (serrurier de Grenoble), Eugène David (platrier peintre de Grenoble), Jean Latapie (métallo de Paris), Jean-Baptiste Médard, Alphonse Merrheim (métallo), Paul Delesalle (métallo de Paris), Jules Bled (Jardinier de la Seine), Emile Pouget, Etienne Tabard (cocher de Paris), Amédée Bousquet (boulanger de Paris), Monclard (boulanger de Marseille), Jacques Mazaud (cocher de la Seine), Joseph Braun (ouvrier mécanicien), Auguste Garnery (ouvrier bijoutier de Paris), Alexandre Luquet (coiffeur de Paris), Henri Dret (cordonnier de Paris), Etienne Merzet (mineur de Saône-et-Loire), Albert Lévy (employé), G. Thil (lithographe), Paul Ader (ouvrier agricole de l'Aude), Georges Yvetot (typographe de la Seine), Charles Delzant (verrier du Nord), Henri Galantus (ferblantier de Paris), H. Turpin (mécano-auto), J. Samay (Bourse du Travail de Paris), Charles Robert (tanneur de Grenoble), Jules Bornet (bûcheron du Cher), Pierre Hervier (Bourse du Travail de Bourges), Charles Dhooge (ouvrier du textile de Reims), Jules Roullier (électricien du Finistère), Narcisse Richer (ouvrier de la chaussure du Mans), Léon Laurent (Bourse du Travail de Cherbourg), C. Devilar (courtier de Paris), Bastien (ouvrier du textile d'Amiens), H. Henriot (allumettier), Léon Morel (employé de commerce de Nice), Sauvage (métallo), Henri Gauthier (chaudronnier de Saint-Nazaire).